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Lycée Joliot Curie 92000 Nanterre 1S3 (2018-2019, français) Séquence nº 5: Héros et antihéros en guerre
Document complémentaire: Philippe Sellier, "Du héros guerrier au héros civilisateur", Bibliothèque nationale de France, exposition du 9 octobre au 13 avril 2008
Commentaire: Le siècle des Lumières remet en cause le héros violent, qui devient héros civilisateur. Au XXe siècle le vrai héros est le musicien Jean-Christophe, du romancier pacifiste Romain Rolland. Les romancières féministes, quant à elles, voient dans les héros guerriers des "ratés de la vie" et des obsédés de la mort.
À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle
s’est développée une critique corrosive de la conception traditionnelle de
l’héroïsme. En France, un Pascal et un La Rochefoucauld participent à
cette "démolition du héros" (Paul Bénichou, Morales du Grand Siècle,
1948). Le tournant le plus net est pris avec Les Aventures de
Télémaque (1699), où Fénelon – un archevêque –, tout en maintenant
les exploits classiques (lutte contre le monstre, combats singuliers),
fustige les héros épris de violence comme des "fléaux du genre humain" ;
l’idéal devient le sage politique, pacifique, créateur de cités
harmonieuses. En 1759, dans Candide, Voltaire s’en prend à la
guerre comme "boucherie héroïque". C’est dans ce climat que commence à
s’affirmer la célébration des "grands hommes", avec leur mausolée
parisien, le Panthéon, où voisinent savants illustres, écrivains-phares,
législateurs marquants.
Au XXe siècle, un Romain Rolland consacre un
roman-fleuve, Jean-Christophe, à celui qui lui apparaît comme un
véritable héros-musicien, Beethoven, auteur d’une puissante symphonie
Eroïca. Et la trajectoire d’un constructeur de paix comme Nelson
Mandela, en Afrique du Sud, correspond de façon étonnante à l’inusable
"modèle". Une pareille métamorphose ne saurait surprendre au sein d’une culture imprégnée de christianisme : la vie de Jésus transpose avec perfection le modèle héroïque en le dépouillant de toute violence, et le nimbe des saints n’est qu’un avatar du rayonnement solaire qui caractérise tant de héros. Les féministes ont conféré une vigueur nouvelle à la dénonciation des héros comme représentants dérisoires de la furie mâle, comme des "ratés de la vie", des obsédés de la mort (Annie Leclerc, Parole de femme, 1975).
Extrait reproduit pour des raisons éducatives et pédagogiques avec lien vers la source.
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Exposition à la Bibiothèque Nationale de France
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